Dans l'oreille de Yann Couvreur

Chef pâtissier au Prince de Galles, au Park Hyatt ou au Carré des Feuillants, Yann Couvreur vient d’ouvrir, à Goncourt dans le 10e, sa première boutique. Où il conjugue haute pâtisserie (allégée en sucres, sans colorant ni feuille d’or) et coolitude, en glissant dans nos oreilles un standard de Soul à tomber par terre.

La musique joue un grand rôle dans ta vie ?

J’en suis passionné depuis que je suis petit. Ma mère était une inconditionnelle, elle achetait beaucoup de vinyles, et elle m’a élevé avec de la bonne soul des années 70. La musique me quitte rarement, elle m’aide à me lever le matin, me met de bonne humeur, rythme ma vie et m’accompagne partout. Aujourd’hui, avec l’ouverture de la pâtisserie, je travaille énormément et j’ai besoin de ne pas trop cloisonner l’environnement travail et celui dans lequel je me sens bien. Alors la musique m’accompagne aussi à la pâtisserie.

Le premier morceau qui t’a secoué ?

Sans me tromper, « Papa Was A Rolling Stone » des Temptations, un morceau que ma mère m’a fait découvrir, un vrai choc que je garde toujours dans mes playlists fétiches. 

Tu as des styles préférés ?

J’ai toujours du mal à répondre à cette question, car j’ai des goûts très éclectiques. Je peux adorer des vieux morceaux de rap à la Public Enemy, du temps où ça ne rigolait pas dans le hip-hop, puis enchaîner avec du classique comme Chopin ou Vivaldi, ensuite glisser un Kanye West, puis du Charles Aznavour dont j’adore la voix et les textes, et bien sûr un morceau de Coldplay. C’est de loin mon groupe préféré, je les suis depuis leurs débuts.

Les nouveaux morceaux qui t’excitent, tu les trouves où ?

Le plus souvent, je vais dans des bars ou des restos tenus par des amis, j’écoute leurs playlists, et dès qu’un truc me plaît, je shazame et j’ajoute à mes morceaux favoris. 

Chez toi, tu es équipé comment ?

Depuis deux ans, j’ai craqué pour le Home Sound System Sonos et je ne peux plus m’en passer. Je suis très fan des innovations technologiques et j’aime l’idée de tout pouvoir contrôler à partir d’une seule source, à savoir mon téléphone. Pas besoin de se prendre la tête, de chercher des heures un disque, que tu as rangé tu ne sais plus où, tout est accessible en deux clics.

Ça a l’air facile à utiliser, mais ça donne quoi en rendu de son ? C’est important pour toi ?

Carrément ! J’ai envie de l’acoustique la plus claire possible, sans aucune saturation. Quand j’ai installé les enceintes, j’ai passé mon téléphone le long des murs des différentes pièces pour que le logiciel règle le son au mieux [Technologie Sonos TruePlay, ndlr] et j’avoue que je suis encore bluffé : pas la peine de mettre la musique à fond pour l’entendre à l’autre bout du salon !

Dans ta pâtisserie, tu as choisi de préparer des gâteaux-minute. C’est une forme de concert sucré, non ?

Je te laisse interpréter (rires). En tout cas, ça crée une interaction directe entre les pâtissiers et les clients, un côté un peu équilibriste où tout peut arriver et où rien n’est complètement maîtrisé. Il y a des plaques qui tombent, parfois un gâteau qui sort un peu trop cuit du four ! Je suis fils de commerçant et je ne veux pas d’une interface impersonnelle où tu demandes un gâteau, on te le donne et tu t’en vas. Dans la boutique, les gens peuvent s’installer, passer un moment avec nous, observer les pâtisseries en cours de finition, tout est transparent.

Dans ta boutique, la musique est aussi importante que chez toi ?

La musique installe un côté cool et détendu qui me correspond, car j’ai besoin que ma pâtisserie ne soit pas snob. Je suis installé dans un quartier hétéroclite et populaire avec beaucoup de mixité sociale. On est là pour donner du plaisir et du bonheur aux gens, rien de plus. J’ai voulu garder l’attention particulière et le savoir-faire de la haute pâtisserie, tout en proposant mes gâteaux avec une casquette à l’envers et la musique à fond. Je n’ai pas la prétention de dire que je change la pâtisserie, mais au moins je m’y emploie.

Dans les oreilles de Yann :

Photos : Virgile Guinard