Assignée à résidences

Cheffe volante, autrice et consultante, Lina Caschetto, canadienne de naissance, a bourlingué du Vietnam à la Suède avant de poser ses valises en France il y a quelques années. Après s’être chauffée dans les cuisines parisiennes de Pasdeloup, Saturne ou encore Bones, elle enchaîne les résidences et pop-ups (ChardonLes Cabanettes) avec une cuisine « gourmande, surprenante et généreuse ».

Petite, vous vouliez déjà faire ce métier ?`
Je ne sais pas si j’ai toujours su que je serais cheffe, mais en tout cas, j’étais la première à grimper sur un tabouret pour observer ma mère en cuisine. Ça m’a toujours intéressée ! Dans ma famille, tout le monde adore manger, ce sont mes grands-mères qui ont transmis ce goût de la bonne chère, du plaisir d’être réunis à table autour d’un bon repas. La première fois que j’ai cuisiné toute seule, j’ai fait des torsades au fromage pour l’apéro. Je me souviens encore de ce que j’ai ressenti en voyant les gens apprécier ce que j’avais préparé, en me sentant capable d’offrir ça à autrui…

C’est un choix, d’être cheffe volante ?
A l’origine je suis styliste, la cuisine est ma seconde carrière, donc j’y suis arrivée sur le tard. Mais j’ai une âme d’entrepreneuse et à un moment, je n’ai plus eu envie de travailler pour quelqu’un d’autre. Je préfère collaborer avec les gens plutôt que travailler pour eux.

Est-ce que vous diriez que la bouffe est politique ?
Oui, car c’est quelque chose qui rassemble, mais qui peut aussi marginaliser, notamment dans l’accès à l’alimentation.

C’est important de féminiser le mot « cheffe » ?
Complètement ! Parce que les gens imaginent encore qu’un « chef » est forcément un homme, mais c’est des conneries. Ça m’est encore arrivé cet été, quelqu’un qui avait vu écrit « chef Caschetto » a directement demandé à parler à « monsieur Caschetto ». Aujourd’hui, mes fournisseurs savent tous que je suis une femme, car c’est marqué « cheffe » devant mon nom.

Avez-vous déjà été victime de sexisme ou de discriminations dans ce milieu ?
Grave ! J’avais un sous-chef qui était sans arrêt sur mon dos, qui m’humiliait devant tout le monde. J’étais la seule femme avec des responsabilités dans la cuisine, et il ne faisait ça avec personne d’autre. Il devait penser que je n’étais pas faite pour ce job. J’ai aussi eu des remarques du genre « Ah, les femmes, qu’est-ce qu’elles sont exigeantes ! » Et un commercial qui m’a interrompue alors qu’on parlait argent pour me complimenter sur mon physique !

Que pensez-vous des prix genrés, comme le World’s Best Female Chef Award ?
Ah ! (Rires) C’est chouette et important de valoriser les femmes, de nous donner de la reconnaissance, mais j’espère qu’à un moment, on sera capables de reconnaître que la contribution des cheffes à l’industrie est aussi importante qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui voudraient devenir cheffes ?
Vous n’êtes pas obligée de travailler pour quelqu’un qui vous met mal à l’aise, ça n’en vaut pas la peine. L’expérience, vous pouvez la trouver ailleurs, dans une atmosphère saine, positive, épanouissante et encourageante.

Vous avez de nouveaux projets ?
Oui ! C’est un service de repas à emporter ou en livraison qui s’appelle Homebuddy : l’idée, c’est de la comfort food et du vin à partager à deux.

Propos recueillis par Nora Bouazzouni

Photo © Marta Puglia