Comment pécho par le menu avec la sexperte Maïa Mazaurette

Cloîtré·e·s sous le règne de Sars Majesté Covid XIX avec pour seul moyen de passer à la casserole un téléphone sur vibreur, les questions de séduction se font toujours plus existentielles : faut-il afficher son amour de la raclette sur les applis de rencontre ? Que servir pour conclure à coup sûr ? Existe-t-il un émoji « plan à trois » ? La doctoresse ès bonne chair Maïa Mazaurette, chroniqueuse (France Inter, Quotidien, Le Monde) et autrice (La revanche du clitoris, 2008 ; Sortir du trou, lever la tête, 2020), nous refile ses conseils éroticulinaires à l’heure des amours pandémiées.

Parler de son resto fétiche ou de son plat triche dans sa bio Tinder, ça fonctionne ?
C’est très fréquent, en tout cas ! Quand on ne mentionne pas ses sorties au musée ou au parc, c’est forcément son menu qu’on affiche. La nourriture, ça reste une bonne manière de briser la glace, et spécifier le programme culinaire de son rendez-vous idéal permet d’hameçonner des partenaires potentiels. En revanche, on n’est pas à l’abri de réflexes genrés douteux, comme avec ces hommes qui annoncent la « tartiflette » comme plat préféré… Un peu lourd avant de s’embrasser, non ?

Puisqu’on ne peut plus s’envoyer un resto, qu’est-ce qu’on cuisine pour pécho ?
On snacke ! Un article américain raconte que les New-Yorkais adorent le poulet au parmesan au premier date, mais franchement, mieux vaut garder l’estomac léger. Un verre de vin naturel si on boit de l’alcool, des olives, quelques petits fours et, surtout, rien qui ne se coince entre les dents !

Le genre de plat qui te coupe toute envie d’aller plus loin ?
Je suis très sensible au désir de séduire : si la personne n’a pas envie de faire attention, si elle n’a pas appris à se soucier des autres, alors franchement, elle ne mérite pas que je lui accorde ma sensualité en retour. Quelqu’un qui commande un plat qui sent très fort va donc vite me refroidir. Ce n’est pas l’odeur qui tue l’amour, mais le fait de ne pas avoir réfléchi.

Ta recette infaillible pour conclure ?
C’est plutôt une chronologie bien rodée : je prépare tout à l’avance pour pouvoir me concentrer sur la personne le moment venu, et je fais en sorte que tout soit facilement accessible. La recette infaillible, c’est celle qui n’interrompt pas le mouvement vers l’autre. Celle qui pousse à mettre les doigts dans la même assiette…

Tu nous partages tes do et tes don’t de la bouffe dans un cadre ludico-sexuel ?
Do : proposer des dégustations les yeux bandés, parce que ça demande pas mal de confiance. Un peu d’aventure booste la libido, d’autant qu’on ne sait jamais vraiment ce qui finira dans notre bouche. L’utilisation de produits alimentaires est archi-cliché, mais avec la bonne dose d’ironie, on peut tout à fait s’en amuser – gaffe aux allergies cela dit, les muqueuses sont fragiles. Il n’est pas non plus interdit de jouer sur les températures quand on s’adonne au sexe oro-génital, en buvant du thé ou une boisson bien fraîche entre deux coups de langue. Don’t : utiliser des lubrifiants parfumés, genre fraise-banane. C’est systématiquement horrible.

Perdre le goût et l’odorat, ça peut affecter la libido ?
On savait déjà avant le Covid que la perte d’odorat impactait fortement l’envie de sexe, jusqu’à créer une impuissance absolue. Mais c’est aussi vrai pour le stress, la peur… ou le manque de partenaire. À cet égard, on a vraiment passé une année sexuelle ponctuée de jeûnes.

Dans le registre des émojis alimentaires détournés, on connaît la pêche, les cerises, l’aubergine… Tu en connais d’autres un peu moins évidents ? On avait plutôt aimé ta châtaigne-prostate et ton hot dog-plan à trois !
L’idée, c’est de créer ses propres codes. « Sens interdit » + « sushi », ça se traduit par « sans souci » et donc « sexe récréatif sans engagement émotionnel » !

Quel lien fais-tu entre sexualité et gastronomie ?
Celui d’un rendez-vous manqué. La nourriture a produit la gastronomie, vaste et variée, mais le sexe peine à créer un répertoire aussi solide et assumé. Je pense qu’on commence à rattraper cet écart, mais l’érotisme devrait susciter autant de vocations, de compétences et d’innovation que la gastronomie… et on n’y est clairement pas encore.

Une anecdote pour la route ?
J’avais rencontré un garçon splendide qui promettait sur son profil d’application de rencontre le meilleur guacamole du monde. On s’est vus plusieurs fois. J’aurais vraiment aimé goûter ce fameux guacamole, mais on n’a jamais eu le temps de passer au dîner… et ça m’allait très bien comme ça !

Propos recueillis par Nora Bouazzouni

Photo © Yasin Aribuga