Violences en cuisine, brisons l'omerta !

Lundi 17 novembre 2014, Le Fooding et Atabula recevaient à Sciences Po des chefs (Cyril Lignac, Adeline Grattard, Gregory Marchand, Thierry Marx, Christian Etchebest, Ludo Lefebvre…) pour un débat animé par Maïtena Biraben sur les violences en cuisine. L’occasion de laisser la parole à Franck Pinay-Rabaroust, fondateur et rédacteur en chef d’Atabula, initiateur du projet.

Violences à l’étouffée, par Franck Pinay-Rabaroust

Ça frappe. Ça fait mal et ça use, quand ça ne détruit pas. Une béquille, un coup de torchon, une claque, une brûlure. Ni vu ni connu en plein coup de feu ! Ces « anecdotes », je les ai entendues un certain nombre de fois. Toute la profession – journalistes inclus – est au courant. Mais il y a omerta, la peur d’être blacklisté, et le manque de preuves.

Jusqu’en avril dernier, où j’entends parler de brûlures volontaires infligées à un commis du Pré Catelan et décide d’enquêter. Réactions gênées de l’école de formation du jeune garçon et du chef, Frédéric Anton. Lequel accepte de s’exprimer pour éteindre le feu qui couve. Sur le site www.atabula.com, l’article « Violences en cuisine : levons le voile » (posté le 13 avril dernier) est lu plusieurs milliers de fois en quelques heures. Et, sept mois après le drame, force est de constater que le souffre-douleur n’a pas porté plainte. À l’heure qu’il est, il poursuit sa formation dans un autre palace parisien…

Autre cas d’école, redoutable, celui d’Elodie dans un bistrot à la mode :

« Je travaillais dans un restaurant bistronomique, encensé par la critique. Le chef avait un faible pour moi. Ça a commencé avec des mots doux. Puis la relation s’est dégradée. Il me disait que mon « cul » lui appartenait… Il ouvrait le vestiaire quand je m’y changeais… Pour éviter que la situation empire, j’en ai parlé au patron, qui a convoqué le chef pour mettre les points sur les i. Qu’avais-je fait ! Du jour au lendemain, je suis passée de “ma petite chérie” à “espèce de sale chienne”. Pendant sept mois, l’humiliation a été quotidienne : insultes, four éteint volontairement pour ensuite m’accuser, plaque brûlante mise sous le nez, etc. J’ai voulu résister, je me suis crue plus forte que ça. A tort. Je ne savais plus ce qui relevait de l’acceptable et de l’inacceptable. Par contre je savais ce que voulait dire l’arrêt de mon stage : une année de CAP à refaire, avec un tout petit salaire à la clé. Puis j’ai craqué. J’ai vomi pendant trois jours, je me suis littéralement vidée. Le diagnostic du médecin a été clair : harcèlement moral et sexuel, trois mois d’arrêt. J’avais de quoi porter plainte, mais je n’avais aucune envie de devoir me justifier, de revivre l’horreur… Aujourd’hui, je me sens incapable de retourner dans une brigade ; rien que de l’imaginer j’ai des angoisses. »

Plus de témoignages dans le Guide Fooding 2015 en vente en kiosques, dans toutes les bonnes librairies, ou ici à partir d’aujourd’hui.

Conférence « Cook it cool ! », un pétard allumé par LeFooding et Atabula.

Le témoignagne de Thierry Marx (le Mandarin Oriental) :