Les meubles de la future progéniture ont été montés, sa layette soigneusement passée à la machine à laver, les beaux-parents prévenus qu’il n’était pas indispensable de se pointer à la maternité… Et avec ça, on cuisine quoi ? Après parfois des mois de privations, voilà qu’il faut imaginer les menus plaisir et nutrition qui vont suivre l’arrivée de la demi-portion… Et si c’est un premier, en n’ayant absolument aucune idée de la sauce à laquelle on va être mangé·e.
Les chef·fes Céline Pham, Sarah Chougnet-Strudel ou encore Mathias Beguin, et des personnalités telles que Renée Greusard et Voyou ont récemment accueilli de mimi moutards qui remplissent bien leur vie. Mais avant ça, il a fallu remplir leur frigo… Ils et elles plongent dans leurs boîtes à souvenirs, camera rolls et recettes enregistrées pour nous aiguiller sur les indispensables à cuisiner (et ceux à oublier) pour un post-partum bien ravitaillé. Et au passage, pas mal déculpabiliser.
Conseil n°1 : adopter un grand bol
« Même si tout le monde le sait, on avait un peu zappé la déprime des plateaux-repas de la maternité pendant cinq jours… On n’avait pas prévu assez de petits encas sympas dans la valise ! À la maison, on avait congelé le bon pain de Montréal-sur-Mer, des brioches à la cardamome, quelques petits mijotés d’Ola et la fameuse “sauce à spag’” de la famille de Chanelle. Sa maman et sa grand-mère, venues de Montréal, avaient rempli le frigo et le congélo. Quand le temps, et parfois l’envie de cuisiner, nous manquaient, on utilisait ces jokers. C’était finalement assez rare, peut-être parce qu’on se contentait de peu. On s’assurait surtout d’avoir du bon dans le frigo et le garde-manger. Ça allait de la petite soupe miso-poireaux-sésame, réconfortante avant le coucher, au bol de chirashi façon Chanelle, avec les restes du frigo et une mayo épicée dingo. L’une cuisinait, l’autre prenait soin du bébé, et parfois on l’installait avec nous pour popoter en famille ! Du porridge d’avoine ou de riz, bien réconfortant, des bouillons qui donnent l’impression de prendre soin de soi de l’intérieur, comme une potion magique… Et peu importe le menu, on mangeait dans un bol – un grand bol. Bien plus pratique que l’assiette quand on n’a qu’une seule main dispo ou qu’on veut éviter de refaire la déco du salon, puisqu’on mangeait souvent dans notre canapé. Mais quand on en avait la chance, on s’attablait, comme pour un date, avec des bougies. On se retrouvait. » – Chanelle Saint-Amour et Mélissa Cardenas, propriétaires de Montréal-sur-mer et Ola (Soulac-sur-Mer). Mamans d’Arlo (7 mois).
Conseil n°2 : ne pas lésiner sur les quantités
« On avait décidé de suivre la tradition du “mois d’or”. Concrètement, je suis très peu sortie du lit le premier mois, où je mangeais et nourrissait notre fils. Céline était en cuisine pour la famille, et moi tout particulièrement. Et malgré l’été et la canicule, j’avais très, très faim ! J’avais envie de manger tout le temps – et de boire, n’en parlons pas… Si c’était à refaire, je mettrais des litres d’eau au frais, ainsi que du congee (soupe de riz asiatique, ndlr). Ça fait vraiment partie de nos indispensables, on en mangeait plusieurs fois par semaine. Pendant cette période, on s’est aussi accordées à ne pas être regardantes sur les horaires et les quantités, simplement à l’écoute de nos besoins et envies. À notre tour, on apporte aux nouveaux parents des plats qui tiennent au corps et en grande quantité : un congee avec du bouillon à côté, par exemple ! » – Agathe de Buretel (alias Henriette) et Céline Pham, artiste et cheffe d’Inari (Arles). Mamans de Laszlo (11 mois).
Conseil n°3 : préparer des petit déj’ de champion·nes
« On a complètement improvisé ! Je gérais la partie bouffe, soit en cuisinant, soit en passant choper nos plats préférés chez le traiteur. En fait, on a suivi nos envies, notre fatigue, et le rythme du bébé… et ça l’a fait ! On n’avait pas non plus anticipé à quel point le petit déjeuner allait devenir vital après les nuits compliquées. Le bonheur incommensurable d’avoir un jus frais et des tartines grillées au lit, après une nuit hachée… C’est presque thérapeutique. Ce qui me semble indispensable, c’est surtout d’avoir une alimentation équilibrée et variée, sans se priver non plus des gros guilty pleasures. J’ai un souvenir très fort d’un kebab à J+1 : du pur réconfort ! Mais je me souviens aussi que Laurie (sa compagne, ndlr) crevait d’envie d’un jus pressé. Aujourd’hui, on apporte aux autres uniquement des choses ultra-réconfortantes et sans aucun jugement. Ce sont des moments où il ne faut pas trop réfléchir, et penser essentiellement à ce qui peut faire du bien. » – Matthias Lallemant, chef et proprio de La Virée (Lyon, Meilleur bistrot guide Fooding 2026). Papa de Jane (18 mois).
Conseil n°4 : apprendre de ses malheurs
« Pour mon premier, je n’avais pas vraiment compris ce qui allait se passer. Et ça ne s’est pas hyper bien passé : je me suis mise à manger n’importe comment. C’était l’une des choses les plus douloureuses de mon post-partum. J’adore manger, des bons repas et des bons produits, et j’ai vécu de grands moments d’ambivalence, où je me voyais manger ma tartine de Nutella avec mon bébé dans les bras, malheureuse face à ces pulsions d’alimentation immédiate. Pour mon deuxième, j’ai mieux géré – même si j’ai encore mangé des tartines au Nutella ! J’ai préparé des tas de plats à l’avance : des dahls de lentilles, des lasagnes, des risottos… Des plats réconfortants, doudou, crémeux, et qu’on peut garder. Mais notre congélateur était trop petit pour mes ambitions et les réserves ont vite été mangées. Il faudrait des systèmes d’entraide supplémentaires, que les voisins apportent à dîner, déposent un petit quelque chose sur le pas de la porte… J’ai aussi été suivie par une diététicienne : pas pour perdre du poids, mais pour manger en conscience et réfléchir à des repas qui font du bien à mon âme et à mon corps. Et puis j’ai mangé au lit, parce que c’est vraiment ce qu’il y a de plus réconfortant ! Pour les autres, j’apporte des lasagnes, ou je suis la saison en me lâchant sur un produit – pour ma meilleure amie, c’étaient les asperges ! Mon ex-conjoint a eu un bébé il y a deux mois, et comme je n’avais pas le temps de cuisiner, j’ai filé chez leur traiteur préféré pour faire le plein de pâtes grecques, tarama, moussaka… Ils étaient super contents, et moi aussi ! » – Renée Greusard, journaliste, autrice et chroniqueuse pour La maison des maternelles. Maman d’Ulysse (11 ans) et Orso (3 ans).
© Renée Greusard
Conseil n°5 : avoir une méthode
« J’ai beaucoup pensé à mon alimentation avant d’accoucher : je savais que c’était un point crucial pour mon bien-être en post-partum. Sauf que je n’ai malheureusement pas trouvé le temps ni l’énergie de m’en occuper… et je l’ai amèrement regretté ! J’en ai fait mon conseil numéro un à toutes les personnes de mon entourage qui ont accouché par la suite. Ce n’est pas si simple à mettre en place : ce qu’il faut, c’est une méthode. Il existe de super ressources, comme le livre Le Quatrième trimestre au naturel de Julia Simon. Protéines, fer, calcium, aliments anti-inflammatoires… Je recommanderais de créer un tableur et de s’y prendre dès le deuxième trimestre, quand on a encore plein d’énergie et que le mommy brain n’a pas encore commencé à grignoter notre matière grise. Et s’il n’y a pas encore d’app pour ça, je m’occupe de la créer dès que j’ai deux minutes ! Dans le premier épisode de Post-Party, la DJ Maxye raconte aussi qu’à chaque fois qu’elle cuisinait l’été qui a précédé son accouchement, elle le faisait en grandes quantités. Ça lui a permis de préparer des dizaines de repas d’avance ! Et si on a l’impression de ne pas avoir assez de place dans son congélo, un bon moyen d’en gagner est de stocker ses repas dans des sacs de congélation à plat, bien annotés. Il y a aussi le concept du meal train : une chaîne de repas organisée par les proches des parents – j’aurais aimé qu’on le fasse pour moi ! Durant les recherches pour mon podcast, je suis aussi tombée sur les meal prep parties : au lieu d’une baby shower classique, on se retrouve avec des amies pour préparer des plats qu’on va ensuite congeler… J’ai d’ailleurs appris que si on ne demande pas directement à son entourage de venir avec un plat cuisiné, ça ne lui vient pas forcément à l’esprit – il ne faut pas hésiter à demander. La cuisine, c’est de l’amour, et quand on vient de donner la vie, on en a besoin en quantité illimitée. Si c’est logistiquement compliqué, préparez un petit panier garni avec un mélange de fruits, de tisanes (mais attention aux plantes qui ont un effet sur la lactation), de bouillons (ça s’achète tout fait en magasins bio), d’energy balls… Si on n’a pas le temps de faire soi-même, on peut aussi aller chercher un plat à emporter dans un restaurant qui cuisine sainement, et ce sera déjà une super attention. Une fois, j’ai ramené l’un des meilleurs bo bun de Paris à ma pote qui en rêvait, et elle avait les larmes aux yeux de kif. » – Emmanuelle Magnan, créatrice du podcast Post-Party et créa’ du Fooding. Maman de Ninon (2 ans et demi).
Conseil n°6 : faire les choses jusqu’au bout
« Quand tu es cuisinière, tu as l’impression que c’est facile et que tu vas y arriver, que de toute façon tu peux te faire à manger rapidement. Mais à un moment, mon copain a commencé à stresser en se disant qu’il fallait qu’il assure. Je lui ai donc appris des recettes que j’aimais. Puis, avec l’accouchement est venue la grosse surprise : le manque de temps ! Je crois qu’avant ça, je n’avais jamais compris les gens qui disaient qu’ils n’avaient pas le temps de cuisiner, l’alimentation étant au centre de ma vie. Mais tout à coup, il y avait quelque chose de tellement plus important à gérer, que je n’avais plus l’espace mental pour cuisiner et me nourrir. Finalement, le post-partum, c’est dans la continuité de nos métiers liés au service : une sorte de dévotion absolue à nourrir l’autre et satisfaire ses besoins. L’indispensable, c’est donc l’énorme casserole de bouillon qui permet de manger chaud à tout moment, même si c’est pour le boire rapidement dans une tasse. Et l’objet, c’est définitivement le porte-bébé ! Ça nous a sauvés des repas et des organisations de dîner, dès le début. Et quand c’est au tour des autres, j’apporte… de l’aide ! Parce qu’il ne s’agit pas simplement d’apporter un tupperware, il faut le faire jusqu’au bout : mettre le plat dans une assiette, servir, faire la vaisselle, ranger… et s’occuper du bébé pour que la maman puisse prendre ce temps à table. » – Sarah Chougnet-Strudel, cheffe et proprio de Regain (Marseille). Maman d’Abel (8 mois).
Conseil n°7 : ne pas oublier les faims de nuit
« Le classique bateau de sushis, mais aussi la charcuterie, le saucisson et le fromage… On avait surtout pensé à ce qui avait manqué à Jade pendant sa grossesse, plus quelques plats tout faits au congélateur pour les soirs de grande flemme. En revanche, on n’avait pas anticipé qu’on serait aussi réveillés une partie de la nuit, avec les fringales et le besoin d’énergie qui vont avec. Thibaud a donc fait beaucoup de barres de céréales maison, à base de dattes, de graines en tout genre et de chocolat pour palier à ça. Si c’était à refaire, on investirait peut-être dans un air fryer ou un appareil à croque-monsieur – qui permettent de faire à manger sans aucune vaisselle. » – Thibaud Vanhooland (alias Voyou) et Jade de Brito Lopes, musicien et mannequin-réalisatrice. Parents d’une petite fille (15 mois).
© Thibaud Vanhooland (alias Voyou) et Jade de Brito Lopes
Conseil n°8 : penser à nourrir toute la famille
« Ce serait mentir de dire que j’avais fait du batch cooking pour la dernière… Et je dois avouer que mes wonder copines m’ont sauvée plus d’une fois, parce que le truc en post-partum, après le premier enfant, c’est qu’il y a tout le reste de la famille à gérer aussi ! Donc quand quelqu’un vient déposer un plat en disant : « Tiens, c’est le dîner pour les enfants », c’est le plus beau cadeau du monde… Des copains maraîchers ont déposé une quiche devant la maison, sans même sonner, c’était génial. Puis ça m’a aussi bien sauvée d’avoir un resto sous le coude. Pouvoir mettre les pieds sous la table avec un bébé au sein, c’est quand même le bon plan. On me servait des petits plats de rêve que je mangeais avec les doigts en allaitant… Sinon, j’ai dévoré des quantités ahurissantes de dattes Mejhoul – j’avais l’impression que ça me redonnait des points de vie ! Des fruits pour les vitamines, et de bons bouillons full collagène aussi. Je me suis autorisée à n’avoir aucun horaire, à manger à ma faim à n’importe quelle heure, y compris des tartines au Nocciolata au milieu de la nuit… J’écoutais mon corps et ses envies d’acide, de sucre, de viande : en fait, il sait très bien ce dont il a besoin ! Je pense que la nourriture est un facteur majeur d’une bonne reconstruction post-partum. C’est pour ça que ça me scandalise tellement ce qu’on donne aux mères dans les hôpitaux – pour ma part, une langue de bœuf version hosto en sortant de la salle d’accouchement, aussi improbable que dégueulasse ! Alors, en général, j’apporte aux potes qui viennent d’avoir un enfant un gros plat de lasagnes ou des lentilles-saucisses… C’est qu’il faut nourrir tout ce petit monde ! » – Adélaïde Perissel, cheffe et propriétaire de Les Sardines à la plage (Lancieux). Maman d’Augustin (11 ans), Anatole (10 ans), Suzanne (8 ans) et Aliocha (14 mois).
Conseil n°9 : penser son alimentation à 360° (et se lâcher la grappe)
« Je crois qu’on aura beau penser à tout, il y a toujours une part de surprise quand on le vit, notamment sur les envies immédiates. Par exemple, les premiers jours en rentrant à la maison, où tout est un ajustement, je me suis découvert une passion pour les plateaux-repas – un souvenir de la maternité, mais en bien meilleur, désolée ! Un sandwich ou un bagel aux ingrédients choisis selon l’humeur, une compote et un skyr, un mini-bol d’oléagineux, plusieurs carrés de chocolat (les fringales en début d’allaitement, parlons-en !), un fruit, une madeleine et une grande tasse de rooibos. C’était servi sur un joli plateau en bois, et ça me permettait d’avoir un petit moment tranquille sans trop faire d’efforts, et surtout de récupérer. À ce propos, ce qui est indispensable, c’est tout ce qui est légumineuses ! Mes parents m’ont pas mal cuisiné des haricots cornille – aussi appelés black eyes peas, une spécialité qu’on mange en Afrique de l’Ouest. Avec du gari (de la farine de manioc) et des oignons frits, c’est super bon et ça tient au corps pendant de longues heures. Les protéines aussi, des fruits et des bouillons – le pho étant sans doute l’un des meilleurs plats de post-partum, puisqu’il apporte à lui seul beaucoup de nutriments. Un truc facile à faire avant d’accoucher, c’est donc de faire bouillir un poulet entier à feu doux avec plein d’épices (gingembre, cannelle, cardamome, gousses d’ail, piments antillais, thym…), puis de congeler le bouillon dans des bacs à glaçons pour des bone broths minute. Et faire le plein de noix de cajou et de pistaches pour les collations tout au long de la journée. En bref, tout ce qui peut apporter des vitamines et de l’énergie à un corps qui vient de morfler vaut le coup ! Enfin, l’objet que j’ai trouvé indispensable, c’est la fameuse gourde à la mode, d’une capacité de 1,2 litre, ce qui n’est pas négligeable vu qu’on peut boire facilement plus de trois litres d’eau au début de l’allaitement. Et enfin, même si chacune décide de ce qui est le mieux pour elle, il est totalement dispensable de penser à son poids et de tenter de moins manger en cette période de convalescence. J’ai une amie qui accouche bientôt, et je compte lui préparer des pâtisseries : muffins, pancakes, carrot cake et cookies, dans des versions rustiques plus “bénéfiques”, dans le sens où j’utilise des farines complètes, de l’avoine, du son, du sucre muscovado… ce qui permet à la fois de répondre à des fringales, tout en favorisant une bonne digestion. On parle beaucoup de salé, mais je trouve qu’apporter du sucré, au moment du goûter par exemple, permet de créer un rituel de visite. D’expérience, c’est d’ailleurs plus simple de recevoir l’après-midi que le matin. » – Jennifer Padjemi, autrice et journaliste. Maman d’une petite fille (9 mois).
Conseil n°10 : manger ses racines
« J’avais épluché tous les sites, comptes Insta et bouquins pour essayer de faire une liste de plats à mon goût. Mais il a fallu les adapter en version végé et, tout à coup, à part les currys de légumes et les lasagnes, je n’avais plus beaucoup de choix… J’avais aussi un diabète gestationnel, avec un régime très strict, et j’avais donc envie de pâtes et de sucre : tiramisu, brownie, energy balls… J’ai tout mis dans des boîtes en alu, en portions individuelles, et hop, au congélateur. Ce que je n’avais pas prévu, c’est l’arrivée de mon fils avec dix jours d’avance ! Je pensais avoir le temps de faire des courses pour revenir de la maternité avec un frigo plein… Clairement, ça n’a pas été le cas. Je me suis aussi rendu compte à quel point la cuisine vietnamienne me manquait. J’ai eu un accouchement compliqué et une césarienne, j’étais donc en post-partum et post-op’. On dit que pour se soigner, il faut manger de là où l’on vient, et j’ai vraiment ressenti le besoin d’un phở, comme un médicament. Sinon, j’avais commandé des bouillons miso que je buvais le soir – c’était parfait, même en plein été. Ça nourrit et ça hydrate en même temps, et surtout, c’est facile à digérer. J’aurais voulu ne me nourrir que de ça ! À zapper en revanche : les barres de snacks du commerce. J’ai largement préféré les energy balls que j’avais faites moi-même, adaptées à mes goûts et besoins. À mon tour, quand des proches viennent d’avoir un enfant, j’apporte des compléments alimentaires, des fruits frais et des tisanes. » – Audrey Giacomini, actrice et céramiste. Maman de Bobby (bientôt 2 ans) et du compte Aubobbystro.
© Audrey Giacomini




